Maire Gumry

Arrestation du maire de Gyumri : un coup politique ou un juste coup de filet ?

 

(Nouvelles d’Arménie en ligne NAM 20 octobre 2025)

 

Une opération spectaculaire de l’Anti‑Corruption Committee (ACC) arménienne a abouti ce matin à l’arrestation du maire de la deuxième ville d’Arménie, Vardan Ghukasyan, figure de l’opposition. Le chef de la municipalité de Gyumri est accusé avec sept autres responsables municipaux de « prise de pots-de-vin », « falsification de documents » et « abus de fonction ».
Cette arrestation intervient dans un climat politique hautement tendu : depuis plusieurs mois, le gouvernement du Premier ministre Nikol Pashinyan multiplie les actions judiciaires à l’encontre de ses adversaires, à un peu plus d’un an des élections parlementaires anticipées.

Une enquête aurait permis de recueillir « des éléments probants » selon lesquels Ghukasyan et l’architecte en chef de la ville auraient demandé une somme d’environ 4 millions de drams arméniens (soit l’équivalent de plusieurs milliers de dollars) à un particulier, en échange de la non-démolition d’un bâtiment « non autorisé » d’environ 1 500 m², rue Garegin Nzhdeh à Gyumri selon le communiqué de la police repris in extenso par Public Radio of Armenia
Il est aussi reproché à l’équipe municipale d’avoir « préparé des documents falsifiés » pour donner une apparence légale à cette construction irrégulière selon Armenpress
Au total, huit individus (dont le maire) ont été arrêtés.

Le déroulé de l’arrestation a donné lieu à une spectaculaire intervention : ce matin, des agents (quelques comptes parlent de 60-70 individus masqués) de l’National Security Service (NSS) ont pénétré dans l’hôtel de ville de Gyumri, immobilisé le maire et opéré l’arrestation.

Contexte politique et enjeux

Cette affaire ne s’inscrit pas dans un vide : plusieurs éléments de contexte méritent d’être soulignés. Vardan Ghukasyan est un élu d’opposition, proche de l’ancien président Robert Kocharyan. Son succès à la maire de Gyumri, ville historiquement plus orientée vers les marchés russes et les traditions soviétiques, avait déjà été perçu comme un signe de la polarisation politique entre les pro-occidentaux et les pro-russes.
Le gouvernement de Pashinyan est sous pression : les élections parlementaires sont attendues pour juin 2026. Des voix de l’opposition dénoncent une « campagne judiciaire » visant à affaiblir les adversaires politiques. Il y a quelques semaines, Pashinyan avait publiquement mis en garde le maire de Gyumri pour des soupçons de « distribution de pots-de-vin électoraux » lors des élections de mars.

Avec l’arrestation du maire et d’autres cadres municipaux, le fonctionnement de l’administration de Gyumri semble pour l’heure paralysé : des employés rapportent l’impossibilité d’accéder à l’hôtel de ville et l’interruption des services municipaux.

 

Réactions

Plusieurs élus de l’opposition ont dénoncé une « manœuvre politique » et appelé à des manifestations pacifiques contre ce qu’ils qualifient d’« instrumentalisation de la justice ».

Le gouvernement, par l’intermédiaire de l’ACC, insiste quant à lui sur la légitimité de l’action : « Nous poursuivons notre travail pour dévoiler la structure complète de ce réseau de corruption et identifier tous les acteurs impliqués ».

Cette affaire pourrait créer un vide politique à Gyumri : avec la mise en détention du maire et d’un nombre important de hauts fonctionnaires municipaux, la ville pourrait connaître une période de turbulence ou d’administration provisoire.

 

Pour la scène nationale

L’arrestation survient dans un contexte de polarisation accrue :

Si l’opposition parvient à mobiliser la population autour du thème de la « répression politique », cela pourrait renforcer sa base.

À l’inverse, le gouvernement pourrait l’utiliser pour afficher sa « fermeté contre la corruption », ce qui peut lui être politiquement utile.

Sur le plan international, les observateurs seront attentifs : À quel point cette arrestation respecte-t-elle les standards de procès équitable et d’indépendance judiciaire ?

Dans un pays où les divisions entre pro-Europe/pro-Russie sont marquées, la chute d’un maire pro-russe peut être perçue comme un signal politique fort.

Paul Nazarian